Claudia Vialaret à l’Usine – le pli, le corps et la mémoire des images

Claudia Vialaret à l’Usine – le pli, le corps et la mémoire des images

À Uxegney, près d’Épinal, Claudia Vialaret investit L’Usine avec un ensemble d’œuvres qui traverse plusieurs années de création. Photographie, dessin, fusain, collage et installation s’y rencontrent dans un lieu dont l’architecture industrielle donne une résonance particulière à son travail. L’artiste souhaitait y réunir plusieurs de ses séries, des Autoportraits aux Paysages, de Souffle à Origines, jusqu’à ses dessins au fusain les plus récents.

Chez Claudia Vialaret, une image semble rarement vouloir rester à sa place. Elle se plie, se transforme, s’associe à une autre, rencontre un corps ou un paysage. Elle porte aussi avec elle la mémoire d’images beaucoup plus anciennes.

L’artiste se définit volontiers comme une « passeuse d’art ». L’expression éclaire une démarche nourrie par une connaissance profonde de l’histoire de l’art, acquise au fil des études, de l’enseignement puis d’une pratique artistique développée sur plusieurs décennies. Dans ses œuvres, les maîtres anciens constituent une matière active. Le Caravage, Rubens, la peinture baroque ou la sculpture classique deviennent des points de départ à partir desquels construire une image contemporaine.

Faire revenir les images

Ce rapport au passé crée l’une des singularités de son travail. Claudia Vialaret prélève, rapproche, déplace et transforme. Le numérique rejoint la photographie, le tissu accueille l’image, le fusain intervient aux côtés du collage. Un fragment de corps peut entrer dans un paysage, un drapé devenir presque une architecture, une composition ancienne trouver une nouvelle tension.

Le baroque affleure alors moins comme une citation que comme une manière de regarder. Il est présent dans le mouvement, les torsions, les plis, l’instabilité des corps et cette sensation que l’image continue de se déplacer sous nos yeux. Sur son site, Claudia Vialaret revendique précisément ce « regard baroque », construit autour du mouvement et de la transformation.

Le pli occupe ici une place essentielle. Il cache autant qu’il révèle. Il produit du volume, crée des accidents, trouble les contours. Dans les premiers Autoportraits froissés, réalisés dès 2008, le visage devient une surface malléable dont les expressions se modifient au gré des plis. Plus tard, ce même goût de la transformation traverse d’autres séries, jusqu’aux œuvres consacrées au paysage, au souffle ou aux récits mythologiques.

Du paysage au corps

La chronologie du travail permet de mesurer l’ampleur de cette exploration. Caravagesques apparaît en 2013, Courbet et moi en 2016, puis viennent Origines entre 2017 et 2020, Paysages entre 2021 et 2022 et Souffle entre 2022 et 2023. Chaque série ouvre un territoire différent tout en conservant des préoccupations communes : la circulation entre les époques, la présence du corps, la transformation de la photographie et le rapport entre réalité et fiction.

Dans les paysages, les frontières deviennent poreuses. La nature peut accueillir des formes qui semblent émerger d’elle ou s’y dissoudre. Le corps se glisse dans l’image sans toujours s’imposer comme sujet principal. Il appartient à un ensemble plus vaste, fait de matières, de lumières, de végétation et de mouvements.

Puis le dessin reprend une place importante.

Le retour du fusain

Avec les travaux récents, Claudia Vialaret retrouve l’immédiateté du geste. Le fusain occupe le papier tandis que des fragments photographiques viennent parfois s’insérer dans la composition. L’artiste décrit elle-même ce passage comme un moment où la photographie, désormais utilisée par collage, laisse davantage d’espace au dessin.

La série Rapts poursuit en parallèle le dialogue avec l’histoire de la peinture. Les récits d’enlèvements issus de la mythologie, abondamment représentés par Rubens et ses contemporains, fournissent une nouvelle matière. Dans Les Filles de Leucippe ou Le rapt d’Hélène, les corps, les gestes et les tensions de ces compositions anciennes passent par le fusain et le collage pour rejoindre un langage très actuel.

Cette circulation entre photographie et dessin permet aussi de regarder le parcours de Claudia Vialaret comme un ensemble plutôt que comme une succession de techniques. Chaque médium vient enrichir le précédent. Certaines préoccupations reviennent, changent de forme, disparaissent un temps puis réapparaissent autrement.

Quarante années de création en mouvement

Cette continuité est au cœur de la monographie Prendre le pli – Claudia Vialaret, 40 ans de création, publiée aux Éditions Librisphaera. L’ouvrage accompagne un parcours commencé dans les années 1980 et permet de suivre les transformations successives de sa pratique.

L’exposition de L’Usine offre une autre manière d’entrer dans cette histoire. Les œuvres quittent la chronologie du livre pour retrouver l’espace, les distances, les rapprochements et la présence physique du visiteur. Dans cette ancienne usine, les formats et les séries peuvent dialoguer à une autre échelle.

C’est peut-être là que le travail de Claudia Vialaret se révèle le mieux : dans les passages. Entre photographie et dessin. Entre histoire de l’art et outils contemporains. Entre corps et paysage. Entre l’image que l’on reconnaît et celle qui, quelques instants plus tard, nous échappe déjà.

L’exposition est présentée du 3 au 25 octobre 2026 à L’Usine, rue Victor Perrin à Uxegney. Le vernissage aura lieu le vendredi 2 octobre à 18 h. Claudia Vialaret sera présente les samedis et dimanches d’octobre, de 14 h 30 à 18 h.

Site de l’artiste : claudia-vialaret.com

Voir l’évènement dans l’agenda d’alternatif-art

Entre les plis - exposition de Claudia Vialaret

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