Michel Charmasson : l’art symbiotique et l’appel aux semeurs
Artiste engagé dans une recherche à la croisée de l’art, des sciences, des sols et du vivant, Michel Charmasson développe une démarche qu’il nomme « art symbiotique ». À travers les Semis d’art, la Terrathothèque et le Collège du Vivant, il invite aujourd’hui des semeurs à rejoindre un projet collectif consacré à la beauté invisible des sols.
Créer avec le vivant plutôt que sur le vivant
Michel Charmasson ne pense pas son travail comme une production d’objets séparés du monde. Sa démarche repose sur une idée centrale : créer avec le vivant. Non pas représenter la nature, ni l’utiliser comme décor, mais accepter de travailler avec elle, dans ses rythmes, ses imprévus, ses transformations et ses résistances.
Cette approche l’a conduit à développer les Semis d’art, des dispositifs confiés au sol, puis observés comme des révélateurs sensibles. Les traces qui apparaissent deviennent alors les signes d’un dialogue entre l’artiste, la matière, le temps, le territoire et le vivant.
Avec la Terrathothèque, Michel Charmasson souhaite aller plus loin : constituer une collection vivante de terres, issue de lieux, de territoires, de pratiques et d’histoires différentes. L’objectif est à la fois artistique, scientifique, pédagogique et humain : révéler la beauté des sols, documenter leur mémoire et rappeler leur rôle essentiel dans l’équilibre du vivant.

Entretien avec Michel Charmasson
Comment présenteriez-vous votre démarche à une personne qui découvre votre travail ?
Je la présenterais comme un aboutissement, une volonté, un choix, et enfin comme une évidence qui s’est construite petit à petit.
Ma démarche est celle d’un citoyen du monde qui, face à ses questionnements, a trouvé dans la nature et dans le vivant des réponses pour donner du sens à sa vie, dans une quête de cohérence et d’harmonie.
Que signifie pour vous l’expression « art symbiotique » ?
L’art symbiotique représente cette volonté de faire avec. Il s’agit de travailler avec la nature, et non pas sur elle.
Il y a dans cette démarche la volonté de co-créer, de créer ensemble, d’abandonner son statut de créateur unique, de se délester de son ego pour retrouver le chemin de la simplicité et de l’humilité.
Travailler en symbiose, c’est aussi travailler ensemble dans le respect mutuel et l’harmonie. Il ne s’agit pas de domination ni d’exploitation, mais de la conscience d’un avenir commun.
Comment crée-t-on avec le vivant plutôt que sur le vivant ?
La réponse est finalement très simple. Si je fais partie du vivant, si j’ai conscience de son importance, non pas à partir de moi seul, mais comme partie d’un tout, alors il ne peut pas y avoir de détachement entre soi et le vivant.



Travailler avec le vivant, c’est accepter l’inconnu, l’imperfection, l’imprévu, avec la volonté d’apprendre.
À l’inverse, travailler sur le vivant, c’est prendre position sur lui pour nourrir des objectifs personnels.
Que sont les Semis d’art et que révèlent-ils du sol ?
Les Semis d’art sont un hasard heureux, un chemin que j’ai emprunté sans attente particulière, pour y trouver un cadeau de la nature, offert à qui sait voir.
Ils sont un exemple de sérendipité, une flèche sur le bord du chemin pour nous indiquer une route.
Ils sont devenus cette graine que l’on sème au vent pour faire germer dans les esprits la conscience de l’importance des sols dans le vivant, en révélant leurs beautés invisibles.
Pourquoi les sols occupent-ils une place centrale dans votre recherche ?
Le sol, c’est notre socle, notre assise. Sans lui, nous ne sommes rien.
Le sol porte nos origines, nos racines, notre mémoire, notre histoire et nos espoirs.
Il est ce qui nous permet de vivre, ce qui nous permet de nous construire, ce que nous partageons. Il est l’humus.
Qu’est-ce que la Terrathothèque ?
Il n’y a pas d’art sans collection, sans documentation, sans exposition et sans médiation.
La Terrathothèque est le lieu où l’art rencontre les sciences et où le savoir se partage.
Elle prend la forme d’une collection de terres provenant de différents lieux, avec l’objectif de révéler la beauté des sols et d’éveiller les consciences à l’importance du vivant.
Comment articulez-vous art, science, écologie et transmission ?
C’est l’objet de ma démarche et du Collège du Vivant. Depuis toujours, je pense que l’on ne peut pas extraire un sujet de son contexte. Dès lors que l’on parle du vivant, l’approche ne peut être que plurielle et transdisciplinaire.
Si le mot écologie est juste, je fais une différence entre une approche qui travaille sur le vivant et une approche qui travaille avec lui, qui vit avec lui.
L’art devient alors un outil d’expression et de médiation des travaux des chercheurs. Il vient révéler la beauté invisible des sols. La science, elle, peut corréler les analyses de sol avec l’esthétique des Semis d’art.
L’écologie, au sens de l’étude des relations entre les êtres vivants et leur milieu, replace le vivant au centre de nos besoins vitaux. La transmission des savoirs participe à la prise de conscience de l’importance de l’état sanitaire des sols.
Quel rôle souhaitez-vous donner au Collège du Vivant ?
Le Collège du Vivant est né d’une demande formulée pendant un colloque : créer un espace de rencontre transdisciplinaire international entre celles et ceux qui pensent, travaillent, créent et transmettent autour du vivant.
Je souhaite lui donner le rôle d’un lieu de coopération, de recherche-création et de transmission, capable de relier l’art, les sciences, les sols, les territoires et les savoirs.
Ce lieu doit permettre aux artistes, chercheurs, paysans, enseignants, collectivités, institutions et citoyens de se rencontrer, non pas pour additionner des disciplines, mais pour apprendre à travailler ensemble.
Le Collège du Vivant doit permettre de porter des projets comme la Terrathothèque, les Semis d’art, Géosophia, IA-SOLS ou le Collège des Artistes Symbiotiques dans un cadre collectif, éthique et ouvert.
Son rôle est aussi de rendre visibles les liens qui nous unissent aux sols, aux territoires et au vivant, par des expositions, des rencontres, des ateliers, des publications, des résidences et des actions de médiation.
Devenir semeur : participer à une œuvre collective autour des sols
Qui peut devenir semeur ?
Toute personne qui souhaite prendre part à un projet participatif entre sciences et arts peut devenir semeur, sans limite d’âge.
Le semeur apporte sa graine, son énergie et sa vitalité à un projet d’éco-conscience. Par son apport, il propage, d’esprit en esprit, l’importance des sols.
Un sol sain, une nourriture saine, des corps et des esprits sains.
Quel appel souhaitez-vous lancer aux personnes, lieux ou structures qui vous lisent ?
Devenez semeurs.
J’appelle celles et ceux qui aiment la terre, qui l’habitent, qui la travaillent, qui l’observent ou qui souhaitent simplement mieux la comprendre, à rejoindre cette démarche.
Agriculteurs, vignerons, jardiniers, éleveurs, chercheurs, artistes, écoles, collectivités, lieux culturels, territoires ruraux ou urbains : chacun peut apporter une terre, un lieu, une histoire, une attention.
Mettre en relation un terroir, une plante, un vin, un parfum, une saveur, un fruit, un légume, une viande, un fromage, avec un sol, c’est révéler une beauté dans une œuvre d’art symbiotique.
Devenir semeur, ce n’est pas seulement accueillir un Semis d’art. C’est participer à une œuvre collective, sensible et documentée, qui cherche à révéler la beauté invisible des sols et à rappeler leur rôle essentiel dans l’équilibre du vivant.
Chaque sol porte une mémoire, une vitalité, parfois une blessure. En l’observant autrement, nous apprenons aussi à transformer notre relation au monde.
Un semeur peut être un agriculteur, un vigneron, un jardinier, une école, une collectivité, un chercheur, un artiste, un lieu culturel ou simplement une personne attentive au vivant. Son rôle est d’accueillir un Semis d’art, de proposer un sol, un territoire, une histoire, et de participer ainsi à la construction de la Terrathothèque.
L’appel de Michel Charmasson est un appel à la coopération : révéler ensemble la beauté invisible des sols, documenter leur mémoire, transmettre leur importance et faire germer dans les consciences une relation plus respectueuse au vivant.
La Terrathothèque ne pourra grandir qu’avec cette diversité de terres, de lieux et de regards. Elle a besoin de semeurs pour devenir une archive vivante, artistique, scientifique et humaine des sols.
Semer, ce n’est pas seulement déposer quelque chose en terre. C’est accepter d’écouter ce que la terre a à nous dire.
Vous souhaitez devenir semeur ?
Vous êtes agriculteur, vigneron, jardinier, enseignant, chercheur, artiste, responsable d’un lieu culturel, membre d’une collectivité ou simplement attentif au vivant ? Vous pouvez proposer un sol, un lieu, un territoire, une histoire ou une intention.
Votre contribution peut permettre de rejoindre la Terrathothèque et de participer à une œuvre collective autour des sols, de leur mémoire et de leur beauté invisible.
Pour manifester votre intérêt, vous pouvez remplir le formulaire ci-dessous en précisant votre nom, votre territoire, votre lien avec le sol et la nature de votre proposition.
