Trois livres autour de l’art et de la culture à découvrir cette semaine
Cette semaine, notre sélection emprunte trois chemins très différents pour parler de création. Le premier traverse quarante années de musique, de cinéma, de littérature et d’art à travers les archives des Inrockuptibles. Le deuxième nous ramène vers Henri Michaux, écrivain autant qu’artiste, dont l’œuvre rappelle combien les frontières entre les disciplines peuvent devenir inutiles lorsqu’une recherche personnelle prend le dessus. Le troisième choisit la voie du roman pour approcher Hilma af Klint, figure désormais essentielle de l’histoire de l’abstraction. Trois livres qui n’ont donc, en apparence, que peu de choses en commun, sinon cette capacité à regarder la culture par ceux qui la produisent, la déplacent ou participent à changer notre manière de la percevoir.
Les Inrockuptibles – 40 ans d’une autre culture (1986-2026)
Quarante années de culture racontées depuis les pages d’un même magazine constituent forcément davantage qu’une simple compilation d’archives. Depuis sa création en 1986, Les Inrockuptibles ont accompagné une partie considérable des transformations culturelles françaises et internationales, en commençant par la musique avant d’élargir progressivement leur regard au cinéma, à la littérature, à l’art et, plus généralement, aux mouvements qui traversent la création contemporaine.
Publié le 4 septembre 2026, Les Inrockuptibles – 40 ans d’une autre culture (1986-2026) rassemble 448 pages d’archives, de photographies, d’entretiens et de documents issus de cette histoire. Le livre revient sur des artistes et personnalités aussi différents que The Smiths, David Lynch, Nirvana, Oasis, Leos Carax, Lana Del Rey, Marguerite Duras, Bob Dylan ou Paul McCartney. Ce qui pourrait ressembler à une succession de figures célèbres raconte surtout la manière dont un média culturel construit lui aussi un regard sur son époque, choisit certaines voix, accompagne certaines émergences et participe, parfois, à installer durablement des artistes dans notre imaginaire collectif.
L’intérêt de l’ouvrage réside précisément dans cette mise en perspective. Une actualité culturelle apparaît toujours très différente au moment où elle surgit et quarante ans plus tard, lorsque l’on sait ce que sont devenus les artistes, les œuvres et les courants qui semblaient alors nouveaux, marginaux ou simplement prometteurs. Revenir aux entretiens, aux photographies et aux choix éditoriaux d’une époque permet donc aussi de regarder comment se fabrique progressivement une histoire culturelle.
Pour celles et ceux qui s’intéressent aux artistes, ce livre rappelle également l’importance de la critique, de la presse et de la documentation. Une œuvre existe dans son présent, mais les traces laissées autour d’elle participent aussi à ce que les générations suivantes pourront en comprendre.
Les Inrockuptibles – 40 ans d’une autre culture (1986-2026), collectif Les Inrocks, GM éditions, 448 pages, paru le 4 septembre 2026.
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Henri Michaux. Peinture et poésie – Henry-Alexis Baatsch
Henri Michaux appartient à ces artistes qui compliquent immédiatement les classifications. Poète, écrivain, dessinateur, peintre, voyageur réel autant qu’intérieur, il a développé une œuvre dans laquelle le texte et l’image semblent procéder d’une même nécessité. Vouloir séparer strictement le Michaux écrivain du Michaux plasticien conduit rapidement à perdre quelque chose de cette recherche.
C’est précisément cette continuité qu’explore Henry-Alexis Baatsch dans Henri Michaux. Peinture et poésie, publié dans une nouvelle édition revue et augmentée le 21 août 2026. L’ouvrage, qui compte 208 pages, s’intéresse à son œuvre plastique – peintures, encres, aquarelles, gouaches et dessins – en la replaçant dans cette exploration plus vaste de l’intériorité qui traverse également son écriture.
Michaux est particulièrement intéressant aujourd’hui parce que son parcours entre directement en résonance avec une question très contemporaine : faut-il vraiment choisir une discipline ? Beaucoup d’artistes développent désormais des pratiques qui passent de la photographie au texte, de l’installation à la vidéo, du dessin à la performance. Chez Michaux, cette circulation existait déjà avec une remarquable évidence. Le médium changeait, tandis que la recherche semblait poursuivre son chemin.
Le livre offre donc autant une entrée dans l’œuvre de Michaux qu’une réflexion indirecte sur ce que signifie construire une pratique artistique. Certaines recherches demandent plusieurs langages parce qu’aucun ne suffit seul. La peinture peut alors prolonger l’écriture, le dessin reprendre là où les mots s’arrêtent et le geste devenir une autre manière de penser.
Henri Michaux. Peinture et poésie, Henry-Alexis Baatsch, L’Atelier contemporain, collection Studiolo, 208 pages, paru le 21 août 2026.
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Femme oiseau étoile – Le roman d’Hilma, de Véronique Le Normand
Le troisième livre nous emmène vers une autre figure singulière de l’histoire de l’art, Hilma af Klint. Née à Stockholm en 1862, morte en 1944, l’artiste suédoise occupe aujourd’hui une place essentielle dans la réflexion autour des origines de l’abstraction. Pourtant, sa reconnaissance internationale s’est construite très tardivement, longtemps après la réalisation d’une grande partie de son œuvre.
Dans Femme oiseau étoile – Le roman d’Hilma, Véronique Le Normand choisit la littérature pour entrer dans cette trajectoire. Il ne s’agit donc pas d’une biographie académique mais d’une évocation romanesque nourrie de la vie et du parcours artistique d’Hilma af Klint. Le livre revient notamment sur une œuvre profondément liée à la spiritualité et à la volonté de rendre perceptible un monde invisible, à travers des formes, des spirales, des sphères, des motifs et des compositions abstraites d’une étonnante modernité. L’ouvrage est paru chez Actes Sud le 6 mai 2026 et compte 224 pages.
Le choix du roman est ici particulièrement intéressant. L’histoire de l’art nous habitue souvent aux biographies, catalogues raisonnés et essais critiques. La littérature permet une autre proximité. Elle accepte de reconstruire une sensibilité, une époque et certaines zones plus incertaines d’une existence, tout en donnant envie de retourner ensuite vers les œuvres elles-mêmes.
Le parcours d’Hilma af Klint pose également une question passionnante sur la reconnaissance artistique. Une artiste peut produire une œuvre considérable sans occuper immédiatement la place que l’histoire lui accordera plus tard. Le regard porté sur les artistes évolue avec les générations, les recherches, les expositions et les nouvelles lectures de l’histoire de l’art. Sa trajectoire en constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus frappants.
Femme oiseau étoile – Le roman d’Hilma, Véronique Le Normand, Actes Sud, 224 pages, paru le 6 mai 2026.
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Trois manières de regarder la création
Ces trois livres permettent finalement d’aborder l’art et la culture depuis trois endroits très différents. Les Inrockuptibles – 40 ans d’une autre culture observe quatre décennies de création à travers le regard d’un média et de ceux qui ont raconté les artistes au moment où leur travail apparaissait. Henri Michaux. Peinture et poésie nous fait entrer dans une œuvre qui circule librement entre les disciplines. Femme oiseau étoile utilise enfin la littérature pour retrouver la trajectoire d’une artiste dont la place dans l’histoire de l’art s’est considérablement transformée.
Trois lectures différentes, donc, mais une même invitation : revenir vers les artistes, leurs parcours et les regards qui permettent à leurs œuvres de continuer à circuler.
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