Rentrée littéraire 2026 : trois romans à découvrir en septembre

Rentrée littéraire 2026 : trois romans à découvrir en septembre

La rentrée littéraire est revenue avec son abondance habituelle de romans, de premiers livres, d’auteurs attendus et de textes plus discrets qui chercheront leur place pendant les prochaines semaines. Face à cette profusion, mieux vaut parfois renoncer à vouloir tout suivre et choisir quelques ouvrages qui ouvrent des univers très différents.

Pour cette nouvelle sélection, nous avons retenu trois romans récemment parus, disponibles chez Eyrolles, qui empruntent des chemins très différents : l’exil et la transmission, les liens familiaux et l’appartenance sociale, puis l’art et la manière dont nous construisons le récit de ce que nous voyons.

Ne cherche pas le chaos, de Marion Brunet

Il existe des silences familiaux qui semblent protéger jusqu’au jour où ils deviennent trop lourds à porter. Dans Ne cherche pas le chaos, Marion Brunet part de l’histoire de Pablo, un homme qui a quitté le Chili et vit en France depuis plus de trente ans. Il a élevé sa fille Victoria en tenant à distance une partie de son passé, celle de la dictature, de la prison et de l’exil.

Lorsque Victoria, âgée de dix-huit ans, part seule pour le Chili et cesse brusquement de donner de ses nouvelles, son père doit à son tour reprendre le chemin du pays qu’il avait fui. Le voyage devient alors beaucoup plus qu’une recherche. Il oblige Pablo à revenir vers une histoire dont il pensait pouvoir préserver sa fille et à mesurer ce que les traumatismes politiques transmettent d’une génération à l’autre, y compris lorsque personne n’en parle.

Marion Brunet fait ainsi se rencontrer l’histoire collective et l’intimité familiale. Derrière la relation d’un père et de sa fille apparaissent les questions de l’exil, de la mémoire, de la transmission et de la possibilité de reconstruire un récit familial après la violence politique.

Un roman qui trouve naturellement sa place dans une rentrée littéraire où les questions de mémoire, de déplacement et d’héritage continuent d’alimenter la fiction contemporaine.

Marion Brunet, Ne cherche pas le chaos, Albin Michel, paru le 19 août 2026.

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Nous aussi, d’Anne Godard

Avec Nous aussi, Anne Godard s’intéresse à une autre forme d’héritage : celui que l’on reçoit d’une famille, de son milieu et des règles auxquelles chacun finit par s’habituer.

Le roman nous fait entrer dans une grande famille parisienne où les individus sont liés par une histoire commune, mais également par tout ce que suppose l’appartenance à un groupe social. Les habitudes, les conversations, les non-dits et la place assignée à chacun dessinent progressivement un monde dont il devient difficile de s’extraire.

Anne Godard observe ce fonctionnement depuis l’intérieur. Elle s’intéresse aux mécanismes qui font tenir une famille et, en même temps, à ce qu’ils peuvent imposer aux personnes qui la composent. L’appartenance devient ambivalente : elle rassure, donne une identité, construit des souvenirs communs, tout en enfermant parfois chacun dans le rôle qu’il est censé tenir.

À travers cette histoire familiale, le roman touche ainsi à une question beaucoup plus large : jusqu’où sommes-nous façonnés par le groupe auquel nous appartenons ? Et que se passe-t-il lorsqu’un événement oblige chacun à regarder autrement ce qui paraissait jusque-là aller de soi ?

Anne Godard, Nous aussi, Actes Sud, paru le 19 août 2026.

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Rien à voir, de Gaëlle Obiégly

Ce troisième choix possède une résonance particulière pour Alternatif-Art puisqu’il place directement la création et les œuvres au cœur du récit.

Dans Rien à voir, Gaëlle Obiégly joue avec une idée aussi simple qu’étrange : que reste-t-il d’une exposition lorsque les œuvres disparaissent et qu’il ne demeure plus que le récit que l’on peut en faire ?

L’autrice s’intéresse depuis longtemps aux relations entre l’écriture, l’art et notre manière de percevoir le réel. Ici, l’exposition devient un terrain littéraire. Regarder une œuvre, parler de ce que l’on a vu, raconter une exposition à quelqu’un qui n’y était pas : chacune de ces situations transforme déjà l’objet original. Entre l’œuvre et celui qui l’écoute apparaît un nouvel espace, fabriqué par les mots, la mémoire et l’imagination.

Pour les artistes comme pour celles et ceux qui fréquentent les expositions, le sujet dépasse largement la fiction. Une œuvre existe dans l’atelier, puis dans l’espace où elle est présentée, dans les photographies qui circulent, dans les textes qui l’accompagnent et enfin dans les souvenirs des personnes qui l’ont regardée. À chacune de ces étapes, quelque chose se transforme.

En faisant de cette circulation entre l’art et le récit la matière même d’un roman, Gaëlle Obiégly propose un livre qui dialogue directement avec les préoccupations du monde artistique contemporain.

Gaëlle Obiégly, Rien à voir, Verticales, paru le 20 août 2026.

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Trois manières de raconter ce qui se transmet

À première vue, peu de choses rapprochent le Chili de Marion Brunet, la famille parisienne d’Anne Godard et l’étrange exposition imaginée par Gaëlle Obiégly. Pourtant, les trois romans travaillent finalement une question voisine : que faisons-nous de ce qui nous est transmis ?

Une histoire familiale peut être tue pendant des années avant de refaire surface. Un milieu social transmet ses habitudes et ses codes souvent sans avoir besoin de les formuler. Une œuvre, enfin, continue d’exister dans les mots et les souvenirs de celles et ceux qui l’ont regardée.

Trois romans très différents pour entrer dans cette rentrée littéraire 2026, et trois façons de rappeler que la littérature reste un espace privilégié pour faire se rencontrer les histoires individuelles, la mémoire collective et notre manière de regarder le monde.

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