Nathalie Smaguine : peindre le corps, le désir et la liberté

Nathalie Smaguine : peindre le corps, le désir et la liberté

Nathalie Smaguine est artiste plasticienne. Elle vit et travaille à Cachan, où elle développe une œuvre traversée par le corps, la figure humaine, la peinture, le dessin et la sculpture.

Son travail s’inscrit dans un univers figuratif, mais ce qui l’intéresse dépasse la seule représentation du corps. À travers les postures, les rapprochements, les tensions et les équilibres, Nathalie Smaguine interroge la relation à soi, la relation à l’autre, le désir, l’identité et la manière dont un être se construit au contact d’un autre.

La peinture occupe une place centrale dans sa démarche. Elle y cherche le mouvement, la vibration, la circulation du regard. La couleur, la matière et le geste ne sont pas seulement des moyens plastiques : ils deviennent des forces actives, capables de donner aux corps représentés une présence presque mouvante. La sculpture prolonge cette recherche autrement, en introduisant le volume, l’espace, la matière directe, le rapport physique à la forme.

Son projet d’exposition Il faut croire au printemps poursuit cette réflexion autour du couple, du mouvement et du lien entre deux êtres. À travers un ensemble de peintures et de sculptures, l’artiste explore la relation comme un espace de transformation, entre fusion et séparation, équilibre et instabilité, proximité et distance.

Ce projet fait également l’objet d’une vidéo de présentation publiée sur la nouvelle chaîne YouTube d’Alternatif-Art. Il s’agit de la première vidéo mise en ligne sur notre compte, une première étape dans notre volonté de donner davantage la parole aux artistes, de montrer leurs projets autrement, et de faire entendre ce qui se joue derrière les œuvres.

Cet été, Nathalie Smaguine propose aussi une vente d’atelier exceptionnelle. Elle ouvre une partie de ses cartons et présente une sélection de dessins à l’aquarelle réalisés entre 2008 et 2020. Ces œuvres sur papier, encadrées, autour du corps féminin, sont proposées pendant l’été à des tarifs accessibles. Une occasion de découvrir une facette plus intime de son travail, à travers des pièces disponibles immédiatement.

Découvrir la vente d’atelier exceptionnelle de Nathalie Smaguine :
https://www.nathaliesmaguine.com/vente-d-atelier-et%C3%A9-2026

Dans cet entretien, Nathalie Smaguine revient sur son parcours, son rapport au corps, son processus de création, ses séries importantes, son projet d’exposition et les enjeux de visibilité auxquels les artistes sont aujourd’hui confrontés.

Interview

Alternatif-Art : Comment aimerais-tu être présentée à quelqu’un qui découvre ton travail pour la première fois ?

Nathalie Smaguine : Je m’appelle Nathalie Smaguine, je suis artiste plasticienne. Je travaille la peinture et la sculpture.

Pour quelqu’un qui découvrirait mon travail pour la première fois, je dirais que j’explore le corps et la figure humaine, souvent à travers la relation entre deux êtres. Mon travail est assez figuratif. Je suis très attachée à la couleur, à la matière, au mouvement.

J’y interroge aussi le désir, l’identité, la relation à soi, la relation à l’autre. C’est ce qui relie l’ensemble de mon travail. C’est un peu une quête de liberté.

Alternatif-Art : À quel moment as-tu compris que la peinture, le dessin et la sculpture prendraient une place importante dans ta vie ?

Nathalie Smaguine : C’est au lycée que j’ai compris que la peinture prendrait une place essentielle dans ma vie. Je savais qu’on pouvait entrer aux Beaux-Arts avec le niveau bac, et c’était mon objectif. Toute mon énergie était tournée vers cette idée. Je ne me projetais pas dans autre chose.

Il y a aussi un autre souvenir, plus ancien. J’étais au collège, en troisième, lors d’un voyage scolaire en Espagne, et j’ai vu Guernica. Je n’étais pas forcément consciente à ce moment-là que j’allais devenir artiste, mais ça a été un vrai choc. J’ai été profondément bouleversée. Je pense que cela a fait son chemin ensuite.

Alternatif-Art : Comment définirais-tu ton univers artistique aujourd’hui ?

Nathalie Smaguine : Je le définirais comme un univers figuratif. La peinture est presque un sujet en elle-même. Bien sûr, je travaille autour du corps et de la figure humaine, mais ce qui m’intéresse tout autant, c’est ce que la peinture peut produire.

Je cherche à faire en sorte que la peinture bouge, qu’elle vibre. La couleur, la matière et le geste sont essentiels dans mon travail. Ils permettent de créer des tensions, des équilibres, des rythmes, afin que le regard circule dans les œuvres et que les corps continuent à vivre au-delà de leur représentation.

Alternatif-Art : Quels sont les sujets qui reviennent le plus souvent dans ton travail ?

Nathalie Smaguine : Le corps, évidemment. C’est le sujet qui revient le plus souvent. Je dirais que c’est mon principal territoire de recherche, parce qu’il me permet d’explorer la relation à soi et à l’autre.

Il y a aussi le couple. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se joue entre deux êtres : le désir, l’amour, les tensions, les incompréhensions, la manière dont chacun se construit au contact de l’autre.

J’aborde aussi des questions plus universelles comme l’identité, la liberté, notre façon d’habiter notre propre corps.

Alternatif-Art : Ton travail parle aussi de mouvement, de posture, d’équilibre et de déséquilibre. Pourquoi ces notions t’intéressent-elles autant ?

Nathalie Smaguine : Le mouvement, pour moi, c’est l’énergie. Il peut rendre visible une énergie invisible : celle qui circule dans notre propre corps, celle qui peut naître dans la relation à l’autre.

Je cherche à transmettre cette sensation de mouvement, même dans une image fixe. J’essaie de faire sentir que quelque chose continue de vivre, de circuler. La peinture me permet cette vibration. La sculpture aussi, d’une autre manière, puisque l’argile est une matière vivante.

Ce qui m’intéresse, c’est de rendre l’œuvre vivante.

La posture est tout aussi importante pour moi, parce que le corps est déjà un langage. Il exprime des émotions, des tensions, une manière d’habiter l’espace et d’être en relation avec l’autre. C’est un langage silencieux.

Quant à l’équilibre et au déséquilibre, je pense qu’ils racontent notre complexité. Nous sommes parfois traversés par des forces contradictoires. Il y a une dualité en nous, et c’est aussi ce qui nous rend profondément humains.

Alternatif-Art : Si l’on parle de ton processus de création, comment démarres-tu une nouvelle œuvre ?

Nathalie Smaguine : J’ai plusieurs façons de démarrer une œuvre. Cela peut partir d’une scène du quotidien, d’une situation que je vois, de quelque chose qui me touche dans une posture ou dans une énergie.

C’est plutôt une sensation qui déclenche le désir de travailler. À partir de là, je peux avoir envie de développer une série, de décliner une position, des postures du corps.

Je peux aussi partir d’une référence artistique, mais c’est plus rare.

Alternatif-Art : Tu travailles plusieurs médiums : la peinture, le dessin et la sculpture. Comment choisis-tu le médium le plus juste pour chaque projet ?

Nathalie Smaguine : Je fonctionne de manière assez instinctive. Je ne choisis pas forcément un médium dès le départ. Je vais plutôt naturellement là où l’idée m’emmène.

Le dessin et la peinture sont liés dans mon travail. Le dessin est un espace de recherche, un temps où j’explore, où j’étudie, où je prépare. Il peut aussi devenir une œuvre autonome. Il me permet de saisir une idée, une posture, de comprendre ce qui peut se passer.

La peinture me permet davantage de me libérer dans le geste.

La sculpture est arrivée plus récemment. Elle naît d’un besoin différent d’aborder le mouvement. Pour moi, ces trois médiums sont complémentaires et fonctionnent très bien ensemble.

Alternatif-Art : Qu’est-ce que la sculpture t’apporte par rapport à la peinture ?

Nathalie Smaguine : La sculpture m’apporte le volume et le rapport direct à l’espace. Le corps n’est plus seulement une image, il devient presque physique.

On peut contourner l’objet, appréhender la pose dans sa globalité. Cela change le rapport au mouvement. Cela change aussi ma manière de visualiser le travail au moment où je le crée.

Il y a aussi cette matière, l’argile, qui est très vivante. J’ai avec elle un rapport immédiat, très physique. Le geste s’inscrit directement dans les formes. La sculpture permet beaucoup de choses.

Alternatif-Art : À l’inverse, qu’est-ce que la peinture te permet d’exprimer que tu ne pourrais pas exprimer de la même manière avec la sculpture ?

Nathalie Smaguine : La peinture me permet de travailler la couleur, la lumière, le cheminement de la lumière. La matière est différente. Il y a la vibration, la fluidité, une autre énergie, une autre façon de voir les formes, plus libre, plus suggestive.

Pour moi, la peinture et la sculpture sont complémentaires.

Alternatif-Art : Quelles sont les références historiques, artistiques ou théoriques qui nourrissent ton travail ?

Nathalie Smaguine : Mon travail est d’abord nourri par le monde dans lequel je vis, par la manière dont les relations humaines évoluent, par le rapport entre les hommes et les femmes, par les rencontres, par la rencontre entre les corps.

L’histoire de l’art me nourrit aussi, bien sûr, particulièrement les artistes qui ont transformé notre regard sur le corps et le mouvement dans la peinture, ceux qui ont ouvert des espaces de liberté dans la manière de représenter et de ressentir.

Il y a aussi la littérature, la musique, la poésie. Mes références sont multiples, mais elles sont toujours liées au corps.

Alternatif-Art : Parmi toute ta production, quelle série aimerais-tu faire davantage connaître ?

Nathalie Smaguine : Il y a une série que j’ai appelée Mère-fille, réalisée en 2010, dans laquelle j’explore le rapport complexe entre une mère et sa fille.

Cette série est directement liée à mon histoire personnelle et à ma relation avec ma propre mère, qui venait de mourir à ce moment-là. Cela a été une manière de traverser cette période.

J’ai revisité certaines situations que j’avais réellement vécues et je les ai transformées picturalement en quelque chose de plus lumineux, quelque chose que j’aurais souhaité vivre avec elle. C’est une série particulière, que j’aimerais faire connaître.

Il y a aussi une autre série que j’ai appelée Sleeping, qui représente des hommes endormis. C’était une recherche sur l’authenticité du corps masculin lorsqu’il est en état de repos, sans contrôle, sans posture sociale. Le corps y paraît plus vrai, plus fragile.

C’est une série que je souhaite continuer, revisiter. Je vais y revenir.

Alternatif-Art : Quels sont tes projets artistiques en cours ou ceux que tu aimerais développer dans les prochains mois ?

Nathalie Smaguine : Actuellement, je travaille sur une série autour du bain et de l’eau. J’y représente des couples, mais aussi des figures seules, hommes et femmes.

Je travaille sur l’intimité, sur la relation du corps dans un environnement naturel ou intérieur : une baignoire, une rivière, un lac. Je place les corps dans un contexte différent, plus naturel, plus intime.

J’aimerais aussi que ce projet s’étende à la sculpture. Je souhaite réaliser une pièce en bronze à taille humaine, représentant un couple dans une baignoire avec de l’eau réelle. Cela impliquerait des recherches techniques importantes, notamment sur la circulation de l’eau, le mouvement, mais aussi sur la façon de réaliser la pièce, puisque je souhaite d’abord la travailler en argile.

J’aimerais également développer, toujours en sculpture à taille humaine, deux ou trois postures de couple issues de mes anciennes œuvres.

Alternatif-Art : Tu as un projet d’exposition intitulé Il faut croire au printemps, qui parle du couple, du mouvement et du lien entre deux êtres. Qu’aimerais-tu transmettre à travers cette exposition ?

Nathalie Smaguine : Je souhaite parler du couple traversé par le mouvement, du désir et de l’amour, dans une dimension d’espoir et de renouveau.

Je veux montrer qu’il existe des cycles, qu’on peut se transformer en permanence grâce à l’autre, dans la relation à l’autre, mais aussi dans la relation à soi-même.

Sur le plan plastique, je cherche également à créer une expérience du regard, une circulation entre les corps, les différents points de vue, les sensations. L’idée est que le spectateur ne soit pas seulement face à des images, mais qu’il ressente quelque chose de cet espace entre les êtres, de cette énergie qui les relie, et qu’il puisse presque être dans l’œuvre, ou avec eux.

Alternatif-Art : Aujourd’hui, que recherches-tu concrètement pour faire avancer ton travail ?

Nathalie Smaguine : Je cherche surtout à développer la visibilité de mon travail.

Cela peut passer par différentes collaborations : des lieux d’exposition, des galeries, des institutions, des résidences, des partenaires. Je recherche tout ce qui peut me permettre de faire des rencontres, de faire évoluer mon travail, de rencontrer le public, les collectionneurs, ou des personnes qui pourraient accompagner concrètement mes œuvres.

Ce qui m’importe, c’est que mon travail continue à circuler et à rencontrer des regards.

Alternatif-Art : En un mot, ton travail parle de quoi ?

Nathalie Smaguine : Amour.

Alternatif-Art : Qu’est-ce que tu veux transmettre à travers ton travail ? Est-ce qu’il y a un message, quelque chose que tu interroges ?

Nathalie Smaguine : Profondément, ce que je cherche, et ce que je souhaite apporter, c’est peut-être lié à trois mots : l’amour, le désir, mais aussi la liberté et la légèreté.

Ce que je souhaite, c’est dégager quelque chose qui permette d’être, de se sentir libre, d’accepter son corps, de se sentir bien intérieurement, de pouvoir s’aimer soi-même et aimer l’autre.

C’est cela que je souhaite transmettre. C’est quelque chose que j’ai en moi, que je ne porte pas forcément tout le temps, mais que je travaille.

Je pense qu’il n’y a que l’amour, au sens large, qui puisse nous permettre d’aller mieux dans le monde.

Alternatif-Art : Quel est le plus beau compliment que l’on t’ait fait sur ton travail ?

Nathalie Smaguine : On m’a souvent dit, à propos de mes œuvres sur le couple, que c’était beau, et que même lorsqu’il y avait de la nudité, il y avait quelque chose qui donnait envie d’être à leur place.

On m’a aussi dit une fois, toujours à propos des couples et de l’idée de mouvement que j’essaie de créer, que les corps semblaient bouger. La personne m’a dit qu’elle avait l’impression, en regardant à nouveau après quelques minutes, que les figures n’avaient plus la même pose, alors que rien n’avait changé.

Cela m’a fait plaisir, parce que je me suis dit que le mouvement était là, qu’il se passait quelque chose. La couleur aussi revient souvent dans les compliments que l’on me fait.

Alternatif-Art : C’est quoi, être artiste au XXIe siècle ?

Nathalie Smaguine : Je pense que c’est regarder le monde, se regarder soi-même, regarder ce qui se passe.

L’artiste est souvent très sensible. Il sent les choses de manière instinctive et peut apporter une vérité sur ce qui se passe. Pour moi, cela n’a pas vraiment changé. C’était déjà ainsi avant, et cela continue aujourd’hui.

Comme le disait Cézanne : “Je vous dois la vérité en peinture, et je vous la dirai.”

Alternatif-Art : Quelle est, selon toi, la plus grande difficulté d’un artiste aujourd’hui ?

Nathalie Smaguine : Je pense que la plus grande difficulté est de rendre les œuvres visibles.

Ce n’est pas évident d’arriver jusqu’aux institutions, aux fondations, aux galeristes. Il y a beaucoup d’artistes, beaucoup de dossiers, et ce n’est pas toujours simple de faire émerger son travail.

Je ne sais pas toujours si les choix se font davantage pour des raisons de marché ou par véritable intérêt artistique, mais je pense que la question principale reste celle-là : montrer ses œuvres, leur permettre d’être vues. Pour moi, c’est la plus grande difficulté.

Pour aller plus loin

Cette interview ouvre plusieurs entrées dans le travail de Nathalie Smaguine : la parole de l’artiste, d’abord, qui permet de comprendre ce qui relie le corps, le désir, la couleur et le mouvement ; la vidéo ensuite, qui donne à voir l’atelier, les œuvres et le projet Il faut croire au printemps dans une forme plus directe ; la vente d’atelier enfin, qui permet de découvrir des œuvres sur papier plus confidentielles, issues de ses cartons, et proposées exceptionnellement cet été.

Alternatif-Art poursuivra cette démarche de mise en lumière des artistes à travers des entretiens, des portraits, des vidéos et des relais éditoriaux. Parce qu’un travail artistique ne se résume jamais à une image isolée, il a aussi besoin de mots, de récits, de contextes et de circulation.

Voir la vidéo de présentation du projet Il faut croire au printemps :
https://www.youtube.com/watch?v=i_pEGBRw0rs&pp=ygUIc21hZ3VpbmU%3D

Découvrir la vente d’atelier exceptionnelle de Nathalie Smaguine :
https://www.nathaliesmaguine.com/vente-d-atelier-et%C3%A9-2026

Contacter l’artiste :
https://www.nathaliesmaguine.com/contact

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