Pourquoi tant d’artistes refusent de parler d’argent

Pourquoi tant d’artistes refusent de parler d’argent

Parler d’argent reste l’un des sujets les plus sensibles dans le monde artistique. Beaucoup d’artistes créent, exposent, vendent parfois, mais évitent soigneusement toute discussion ouverte sur les prix, les revenus, la rentabilité ou la valeur économique de leur travail. Ce silence n’est ni anodin ni individuel. Il est culturel, émotionnel, symbolique. Refuser de parler d’argent n’est pas seulement une gêne passagère, c’est souvent le symptôme d’un rapport complexe à la création, à la reconnaissance et à la légitimité. Comprendre ce mécanisme est une étape essentielle pour permettre aux artistes de vivre durablement de leur pratique sans renoncer à leur intégrité artistique.

L’héritage du mythe de l’artiste désintéressé

L’une des racines profondes de ce refus vient d’un imaginaire collectif ancien. L’artiste serait un être inspiré, détaché des préoccupations matérielles, créant par nécessité intérieure et non par intérêt financier. Ce mythe, encore très présent, oppose la pureté de l’art à la trivialité de l’argent. Parler de prix serait presque une trahison de l’acte créatif. Beaucoup d’artistes ont intégré cette vision sans même la questionner, au point de culpabiliser dès qu’il s’agit de valoriser financièrement leur travail.

La peur d’être jugé ou mal compris

Parler d’argent expose. Afficher un prix, négocier, parler de revenus, c’est s’exposer au regard des autres. Peur d’être jugé trop cher, pas assez cher, opportuniste ou prétentieux. Peur aussi d’entendre que son travail ne vaut pas ce que l’on croit. Pour de nombreux artistes, l’œuvre est intimement liée à leur identité. Mettre un prix sur une œuvre revient alors à se mettre soi-même en jeu. Le rejet potentiel n’est pas seulement commercial, il est personnel.

L’absence de formation économique

La majorité des artistes n’a jamais été formée aux questions économiques. Écoles d’art, ateliers, formations créatives parlent peu de modèles économiques, de fixation de prix, de stratégie de vente ou de gestion financière. Cette absence de repères crée un sentiment d’illégitimité. Ne pas maîtriser un sujet pousse souvent à l’éviter. Le silence autour de l’argent devient alors une stratégie de protection face à un terrain perçu comme hostile ou incompréhensible.

Confondre valeur artistique et valeur marchande

Beaucoup d’artistes redoutent que parler d’argent réduise leur travail à une simple marchandise. Cette confusion entre valeur artistique et valeur marchande est fréquente. Pourtant, ces deux notions ne s’opposent pas, elles coexistent. La valeur artistique relève du sens, de l’intention, du parcours, de la singularité. La valeur marchande, elle, permet à l’œuvre de circuler, à l’artiste de continuer à créer, à l’écosystème artistique d’exister. Refuser de parler d’argent, c’est parfois refuser cette réalité, au risque de fragiliser sa pratique sur le long terme.

La peur de perdre sa liberté

L’argent est souvent associé à la contrainte. Certains artistes craignent qu’en parlant de revenus, de clients ou de ventes, leur création devienne conditionnée par le marché. Cette peur est légitime, mais elle repose souvent sur une vision binaire. En réalité, clarifier son rapport à l’argent peut au contraire renforcer la liberté créative. Un artiste qui comprend son modèle économique peut choisir ce qu’il accepte ou refuse, plutôt que de subir des opportunités mal alignées.

Le silence collectif comme norme

Le monde artistique entretient lui-même ce tabou. Les artistes parlent peu entre eux de leurs revenus, de leurs prix ou de leurs contrats. Ce silence collectif crée une norme implicite : ne pas en parler serait la bonne posture. Résultat, chacun se croit seul avec ses doutes, ses difficultés ou ses contradictions. Ce manque de transparence empêche la mutualisation des expériences et renforce l’isolement.

Les conséquences concrètes de ce refus

Refuser de parler d’argent a des conséquences très concrètes. Difficulté à fixer des prix justes, négociations subies, dépendance excessive aux intermédiaires, précarité chronique, épuisement. Beaucoup d’artistes finissent par cumuler plusieurs activités alimentaires, au détriment de leur pratique artistique. Le paradoxe est cruel : protéger la pureté de l’art conduit parfois à l’empêcher de se développer.

Repenser le rapport à l’argent comme un outil

Changer de regard sur l’argent ne signifie pas renoncer à ses valeurs. L’argent peut être vu comme un outil au service de la création, et non comme une fin en soi. Parler d’argent, c’est aussi parler de temps, de moyens, de conditions de travail. C’est se donner la possibilité de construire un cadre soutenable pour créer. Cette posture demande un travail intérieur, mais aussi des espaces de discussion, de formation et d’accompagnement adaptés aux réalités artistiques.

Vers une parole plus assumée

De plus en plus d’artistes commencent à briser ce tabou. Ils parlent de leurs modèles économiques, de leurs réussites comme de leurs échecs. Cette parole libérée ne banalise pas l’art, elle le renforce. Elle permet de redonner du pouvoir aux artistes sur leur trajectoire professionnelle. Assumer de parler d’argent, ce n’est pas se vendre, c’est se respecter.

Conclusion

Si tant d’artistes refusent encore de parler d’argent, ce n’est ni par ignorance ni par naïveté. C’est le résultat d’un ensemble de croyances, de peurs et de normes profondément ancrées. Pourtant, à l’heure où les artistes sont invités à être visibles, autonomes et durables, ce silence devient un obstacle. Parler d’argent avec lucidité, sans cynisme ni culpabilité, est une étape clé pour réconcilier création et réalité économique. Non pour transformer l’art en produit, mais pour permettre aux artistes de continuer à créer dans des conditions justes et choisies.

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