Teenagers Behavior - NYC - feutre sur papier 200g- 70X100 - Collection privée - 2015

Interview réalisé par Julie Perin, plasticienne et directrice d'Alternatif-Art

Depuis quelques temps, Romuald Combe explore par le dessin une histoire d’hommes, d’adolescents, d’enfants et de lieux. Il dévoile aussi les codes d’une société, d’une période de la vie de chacun, d’une mutation à la fois corporelle mais aussi urbaine.

Un artiste homme, homosexuel, dont la proposition plastique est protéiforme.

Au vue de son œuvre je pourrais même dire que Romuald est un enfant terrible du travail toujours et sans relâche.
Une œuvre dont la question de l’humanité, du social et de la politique est au centre de la démarche de l’artiste.
Mais il n’est pas seul à être concepteur, acteur et créateur de cette œuvre.

Pierre-Jean Blanchon l’accompagne dans toute cette réalisation artistique. Binôme au travail, binôme dans la vie, ce couple décalé, impliqué, aux énergies partagées nous donne parfois du fil à retordre.

​Teenagers Behavior - Marseille - feutre sur papier 200g - 76X116 - 2016 - Romuald&Pj+ADAGP

Julie Perin : Teenagers Behavior est une série de dessins réalisée au marqueur noir sur laquelle tu as travaillé sans relâche pendant plus d’un an.
Pourquoi l’adolescence ?

Romuald Combe : C’est la question de la représentation de l’adolescence qui m’intéresse, en fait. Le cinéma et la photographie se sont emparés du sujet, mais les plasticiens assez peu (hormis Hernan Bas qui fait une peinture qui ne me parle pas). Historiquement, l’adolescence est une invention des Etats-Unis, qui l’a véhiculée à travers les films hollywoodiens (d’où le titre du projet en anglais). Je ne trouvais pas une approche qui me convenait dans la représentation de la vie des ados, c’est-à-dire, violence, drogues et sexualité effrénée. La diabolisation de la jeunesse est une vieille histoire qu’on répète. Je veux aller à contrepied de ça. C’est parce qu’elle est une étape déterminante de la vie que l’adolescence m’intéresse, et parce qu’on a tous été des ados.

Teenagers Behavior - série exponentielle de dessins formats 60X40 et 50X65 - feutre sur papier 200g - 2015

JP : Les sujets représentés sont souvent de jeunes garçons pourquoi ce choix ?

RC : La question que tu me poses, c’est comme si tu demandais à Juergen Teller pourquoi il ne photographie que des hommes. La sensualité masculine me touche forcément davantage. Les adolescents n’ont pas encore conscience de leur corps, il s’en dégage une sensualité gauche et naïve que je perçois et que j’essaie de montrer.

JP : Des portraits, des postures, des lieux : Que nous raconte cette œuvre ?

RC : Chaque dessin du projet correspond à un état d’esprit : le défi, la pudeur/l’impudeur, le narcissisme, le souci de l’image de soi, la provocation, la peur de l’avenir. Hormis deux dessins, ce sont des portraits qui mettent l’accent sur l’individualisme. L’individu en construction qu’est l’ado est aussi un produit de son environnement. Grandir à Paris n’est pas la même chose que grandir à Séville. Chacune des villes que j’essaie de représenter donne des pistes de lecture du portrait. Un seul portrait traite de violence, celui de l’ado à casquette qui fait un doigt au spectateur, à Athènes. La violence de la jeunesse est anecdotique, à mon avis. Ce qu’à fait subir l’Europe à un gouvernement grec élu, en continuant d’appauvrir le pays, est une violence bien plus grande. L’uniformisation vestimentaire, avec la marque à trois bandes qui revient sans cesse, m’intéresse aussi. Comment se construire quand on est tous habillé pareil ?

Teenagers Behavior - série exponentielle de dessins formats 60X40 et 50X65 - feutre sur papier 200g - 2015

JP : Le marqueur noir pourquoi ?
Le marqueur, c’est l’outil du tag. Le tag est

RC : la tentative graphique des ados d’exprimer une identité, par le biais de la rébellion et du vandalisme. J’aime les tags. Une ville qui n’en a pas, je trouve ça suspect. En outre, c’est un outil passionnant, la façon dont il s’use notamment. Traiter de consumérisme avec un outil aussi jetable m’a paru judicieux. Pour ce travail, j’en ai jeté une trentaine.
L’homme que tu es : artiste, homosexuel, citoyen porte quel regard sur notre société ?
Voici une question difficile dans le choix de ce que j’ai envie de dire. Avant d’être artiste et homosexuel, je suis citoyen. Nous sommes dans un monde où le financier a remplacé le politique. Au fur et à mesure, les transnationales nous volent notre citoyenneté. C’est la raison pour laquelle dans le projet Romuald&Pj nous traitons plastiquement de notre société, du vivre ensemble, du catastrophique consensus économico-politique que nous subissons. Nous pensons collectif, en ayant créé Artophilia, notre artshop alternatif, par exemple. C’est une forme de résistance. J’espère que nous vivons la fin d’une époque, et que la prochaine ne sera pas pire. En outre, dans ce contexte, nous trouverions criminel de faire un art purement formel. Il y a trop de choses à dire. Quand à l’homosexualité, nous sommes un couple de garçons, militants, qui espérons en finir un jour avec cette pensée dichotomique qui fait que les hétéros croient avoir un droit de jugement sur l’homosexualité.

JP : La suite des projets c’est quoi ?

RC : Nous ouvrons la saison en septembre à Artophilia avec une proposition autour de la photographie : « Photophilia ». En octobre, nous participons à une collective à la Méduse, rue Sergent Blandan à Lyon. Nous préparons une exposition sur le thème de l’enfance, « La chambre de Brandon » qui aura lieu à l’Atelier Victor en décembre, rue Royale à Lyon. Ce sera une installation. Nous exposons à New-York prochainement les Combine Drawings, un ensemble de plus de 200 dessins faits à partir des archives libres de droit de la Bibliothèque de la ville. Nous continuons évidemment le projet Monsieur Bidule, qui avance depuis plus de deux ans maintenant. Nous aimerions l’embarquer pour un road trip à travers les Etats-Unis.

JP : Un auteur ?

RC : Hervé Guibert

JP : Un artiste ?

RC : Michel Journiac

JP : Un mot ?

RC : Cohésion