Claire Chesnier née à Clermont Ferrand en 1986 est une artiste, une alchimiste de la couleur par les encres et du papier.

Le dispositif du contenu contenant de ses œuvres n'est pas un prétexte à peindre je dirai même à dessiner mais plutôt une présence physique du réel par un travail où le fond et la forme ne font qu'un.
Rencontrée en 2012 à jeune création au 104 à Paris, Claire Chesnier m'a réconcilié avec la peinture je ne saurai dire pourquoi exactement mais il s'est passé quelque chose au-delà de la représentation coutumière.

Frontière vibrante, bord à bord délicat, objet/sujet, le travail de Claire Chesnier s'observe dans la lumière, son vibrato coloré, son support surface avec contemplation et lenteur (le temps d'être dévoilé) tel un paysage énigmatique.

Définir par paysage est déjà quelque part enfermer les œuvres de Claire, peut être est ce juste une question d'intuition, d'instinct qu'elle met en exergue.

Ni lisse, ni matiériste, son travail a pour moi quelque chose d'hypnotique comme si un voile venait se déposer délicatement sur la surface du monde.

Julie Perin : Claire Chesnier, vous faites de la peinture mais vous parlez de dessin, qu'elle est la nuance pour vous dans votre travail ?
Claire Chesnier : Le travail que j'engage avec les encres est éminemment pictural. Il appelle à lui l'étendue, le champ de la couleur déployé dans l'ouvert, le corps du support, la matière liquide et son advenir en page blanche. Le dessin n'est pas ce qui définit l'oeuvre mais ce qui la travaille, de l'intérieur et en son seuil. En effet, la couleur arrive à la surface en créant du dessin. Sa lumière monte en même temps qu'elle y inscrit son passage en une sorte d'éclaricie à la verticale, un horizon qui se décille entre les voiles de couleurs. Le dessin se manifeste également par les bords. Il est ce qui contient l'ouvert de la couleur, son débord. Il se présente comme le cadre d'intervention, la fenêtre. Si traditionnellement le cadre achève voire parachève le tableau, il est ici le geste inaugural de l'ouvert de la surface. Car ce que ces lignes provisoires détourent serait comme le pas d'une porte, le pas à franchir pour entrer dans la couleur.

JP : La notion de temps apparait comme essentielle dans votre démarche, qu'en pensez-vous ?
CC : Peindre est forcément un rapport et une expérience singulière du temps. Le sol de la peinture, sa matière, son épaisseur se déposent comme le geste, lentement, dans l'attention et la répétition. Le lent déroulé des encres ainsi que l'intrication des voiles de couleurs absorbent le temps du faire, le temps de la main, pour celui d'une montée, je dirais même d'une invention, au sens archéologique de la levée et de la mise au jour d'un corps auparavant enfoui. Il y a coïncidence de l'apparaître et de la disparition de la lumière. Le regard cherche à percevoir la source lumineuse en même temps que celle-ci demeure toujours mouvante et échappe à la mesure. Le blanc, lui, entame, prend sur la couleur l'espace du débord : il évide le temps du hors-champ, le temps de l'excédent. Il est une ellipse de l'écoulement, de la débâcle des encres, de l'en-dehors du geste qui passe et repasse le seuil de la forme. Il est un silence sur le chaos et le bigarré, sur le chamarré et le versicolore. Le temps propre à cette peinture serait alors celui de l'exténuation de la couleur et de son éclat, le temps du balbutiement et de l'éblouissement, ce qui tremble la lumière et la fait ruisseler claire.

JP : Pas de prétexte à dessiner, à peindre, ni figuratif ni abstrait, alors quoi ?
CC : Précisément, je pense avoir réellement commencé à peindre quand j'ai évacué la question du "quoi (peindre) ? " car la peinture ne peut être assujettie à autre qu'elle-même. La peinture que je poursuis est sans prétexte ni anecdocte. Elle est présence, sujet. Pour autant, l'altérité n'en est pas exclut. Au contraire. Elle arrive dans la rencontre avec le support qui me fait face, la matière que j'étends et l'inconnu que traverse mon pinceau à chaque va-et-vient. Définir l'horizon de cette peinture toujours à venir, c'est composer les limites de son corps, les bords de sa liquidité, en regard de ma propre échelle. Mais l'horizon, précise Michel Collot, est "un non-lieu, insituable sur la carte, par essence inaccessible : et pourtant sans lui, il n'est pas de paysage." Pour ma part, l'horizon demeure labile, ligne tendue et dirigée avec force vers ce qui n'est pas encore, ce qu'il adviendra de la gravité et du diaphane oeuvrant à l'intérieur de ces constructions liquides.

JP : Un artiste ?
CC :Fra Angelico

JP : Un livre ?
CC : Et, néanmoins de Philippe Jaccottet

JP ! Vous en un mot ?
CC : Moi : je ne sais pas. Ce n'est peut être pas à moi de le dire.
Ce à quoi j'aspire : poésie

Site de Claire Chesnier : www.clairechesnier.com