Exposition : Urbanité, Espace d'art Chaillioux

urbanite-chaillioux
Catégorie
Expositions
Date
2020-10-19 00:00
Lieu
Espace d'art Chaillioux - 19 allée du Clos de Tourvoie, 94260 FRESNES
Fresnes, France

Le Trésor de la langue française, référence absolue pour notre langue, donne deux définitions pour le mot Urbanité :

A. Manière civile des anciens Romains [...] ; par extension, politesse fine et délicate, manières dans lesquelles entrent beaucoup d’affabilité naturelle et d’usage du monde.
B. Caractère de ce qui fait une ville [...].

C’est, bien évidemment, dans le second de ces sens que notre exposition s’inscrit. Cependant, nous avons sélectionné six artistes qui tentent de caractériser la ville en usant de cette affabilité qui relève de la définition A. ci-dessus.

Mamadou Cissé, longtemps Fresnois, nous propose une vision aérienne de villes utopiques, géométriques, vivement colorées, luxuriantes, quasiment baroques. À l’opposé, Julien Cresp se penche sur la déréliction de sites industriels urbains désaffectés, mais toujours imprégnés d’une présence humaine, fût-elle apparemment manquante. Beatriz Guzman Catena fait s’interpénétrer le milieu urbain et les intérieurs domestiques, brouillant ainsi les notions d’intérieur et d’extérieur, de domaine privé et d’espace public. Jean-Marc Besacier géométrise la cité. Thierry Gilotte en construit des modèles réduits, en bois. Camille d’Alençon s’intéresse à des aspects cachés de la ville, souvent nocturnes, montrant que la cité continue à vivre quand la plupart de ses habitants sommeillent.

* * *

Camille d’Alençon découvre la peinture après s’être familiarisée avec de nombreuses techniques de volume et d’impression. Elle a développé sa pratique de peinture à l’huile en autodidacte, commençant pas réaliser des portraits, tout en continuant à exercer son œil à travers le dessin et la sculpture. Plus récemment, elle s’est intéressée aux travailleurs du petit matin au marché de Rungis. La série qu’elle présente dans cette exposition traite de vues urbaines de Paris, prises dans des lieux habituellement considérés comme indignes d’intérêt pictural, comme le boulevard périphérique ou des chantiers ordinaires, à des heures auxquelles le plus grand nombre de citadins dorment encore. Ce sont, selon ses propres termes, « des instants volés sur les lieux de travail ou les lieux publics. » Elle privilégie ainsi ce qu’elle désigne comme des « non-lieux », sans qualités plastiques ni pouvoir évocateur significatif, si ce n’est de nous révéler les dessous de la machine ville et de ceux qui la font marcher. Elle affiche une volonté assumée d’impertinence, d’incongruité, de susciter simultanément fascination et rejet, tout en prenant le recul nécessaire pour dédramatiser les situations, pour les ramener à leur propre insignifiance... C’est sur cette frontière, sur cette ligne de crête étroite entre drame latent et absence de sens, que Camille d’Alençon nous emmène, au risque de nous faire choir d’un côté ou de l’autre, de nous déstabiliser, pour notre plus grand plaisir.

Jean-Marc Besacier est architecte de formation. Il a gardé, de cette vocation initiale, un regard analytique et structurant sur les lieux, les paysages urbains, les objets et les personnes qu’il photographie. Les images qu’il nous livre sont des reconstructions raisonnées de la réalité, avec des lignes et des plans nets, comme découpés au scalpel. Il affectionne les sujets présentant des formes géométriques, les constructions orthogonales, les perspectives cavalières et les espaces solidement architecturés, en particulier les sites industriels. Il ne dédaigne pas, pour autant, les paysages et les portraits qu’il traite avec la même rigueur constructive. Dans certaines de ses œuvres il se limite au noir et blanc. Ailleurs, quand la couleur intervient, elle joue essentiellement le rôle d’élément structurant, loin de toute tentation d’un quelconque réalisme pictural. Partant de sujets réels, facilement identifiables, Jean-Marc Besacier se livre à un travail de déconstruction et de reconstruction dans une démarche en tous points similaire à celle des peintres – et notamment des cubistes historiques – devant leur sujet.

Autodidacte, Mamadou Cissé, né au Sénégal, arrive en France à 18 ans. Il y exerce différents métiers tout en pratiquant le dessin. À partir de 2001, il prend les fonctions d’agent de sécurité de nuit. Ce changement en amène un autre dans sa pratique du dessin. Il entreprend alors de représenter des ensembles urbains vus du ciel. Ses veilles nocturnes lui permettent de réaliser des ensembles kaléidoscopiques soignés, des mégalopoles de plus en plus précises. Sous son trait, naissent des ensembles urbains, articulés autour d’axes de circulation dans un savant jeu de perspectives. Ses villes imaginées se font le reflet de projets architecturaux utopistes. La cité est au centre de ses préoccupations et l’architecture une passion. Les grands ensembles sont pour lui un lieu d’émerveillement. Fresnois, il ne se lasse pas de son environnement urbanisé, de cette concentration tant décriée par d’autres. Ses yeux s’élèvent vers les hauteurs, vers ces espaces que l’homme conquiert peu à peu. Derrière cette fascination pour les lieux construits, se dissimule une foi dans le progrès. Mamadou Cissé croit en un futur meilleur aux conditions de vie plus agréables. Ses dessins exécutés au moyen de stylos et de feutres sont les manifestes de villes rêvées. L’incroyable densité de ses environnements urbains traduit son désir de logement pour tous. La couleur y tient une place de premier ordre. Cet artiste-urbaniste utopiste imagine des environnements architecturaux aux murs colorés afin d’apporter joie et gaieté aux habitants.

La série photographique des Wastelands de Julien Cresp explore des bâtiments industriels désaffectés un peu partout dans le monde. Ces constructions abandonnées, vestiges d’une activité humaine disparue, sont traitées comme les pages d’une histoire économique et sociologique des territoires parcourus. L’artiste les réinterprète, dans une approche résolument minimaliste, presque ascétique, en mettant en évidence leurs symétries, leurs accords occultes avec une activité désormais difficilement identifiable. Il leur donne ainsi une dimension mystique, leur conférant le caractère de modernes cathédrales, de sanctuaires d’une vie et d’un travail révolus. Elles deviennent des métaphores poétiques pour traduire les peurs qui, plus ou moins consciemment, nous assaillent. En anglais moderne, Wasteland désigne une friche, mais étymologiquement ce mot porte les notions de désert et de gâchis. Ce titre fait aussi écho au célèbre poème de T.S. Eliot (1888–1965), The Waste Land, 1922, dont les premiers vers évoquent l’enterrement d’un mort, avec un mélange de souvenirs et de désirs (mixing / Memory and desire). C’est bien de ceci dont il s’agit dans les photographies de Julien Cresp. Il y est évidemment question de souvenirs, mais on y ressent une présence humaine, fantomatique, qui rétablit un lien entre ces intérieurs apparemment déshumanisés et le grouillement urbain du monde extérieur, celui de ces passants blasés qui ne savent plus percevoir tout un volet de leur propre histoire, pourtant parfois bien proche...

Dans la pratique artistique de Thierry Gilotte, le temps de réalisation est aussi celui de la performance et d’un rapport physique à un matériau. Il sculpte des formes dans le bois. La présence charnelle et vivante de cette matière lui permet d’interroger la nature des objets qu’il représente. Ce sont des objets mécaniques, techniques et universels. Des habitats, roues, des tubes, des chaînes. Il accorde une grande importance au plaisir du geste de la taille directe, à l’absence de repentir et donc à l’irréversibilité de cette technique : ses constructions urbaines foisonnantes retracent les nombreuses décisions et contradictions de son processus créatif. Il s’agit aussi de rétablir un rythme humain dans la production pourtant très technique de ses sculptures : rythme du corps et des outils qui différencie leur travail d’un type de productions artistiques contemporaines qui sont déléguées, industrialisées. Attelé à une tâche contre-productive, il met en scène l’inutile dans une société obsédée par l’efficacité. Il y développe une invitation à remettre l’individu au premier plan dans un système à tendance globalisante, à affirmer l’être dans une société technicienne, à proposer grâce à l’art un certain mode d’existence qui diffère de la manière normée d’être au monde dans un contexte d’économie politique imposée.

Diplômée en architecture à Buenos-Aires, Beatriz Guzman Catena est devenue plasticienne, mais ses compositions doivent beaucoup à sa formation initiale. Dans ses peintures, elle nous propose de grands espaces, solidement charpentés, mais rendus instables par l’intrusion de couleurs acidulées. Ils se présentent comme des scènes d’un théâtre où se joueraient des drames ou des comédies fortement ancrées dans le souvenir. La question posée est celle de la construction de la réalité et de ses lectures ou interprétations multiples ou changeantes. Dans la série de toiles présentées dans cette exposition, le monde domestique, réel ou fantasmé, et la présence urbaine s’interpénètrent dans une approche kaléidoscopique et joyeuse qui rend difficile l’identification de ce qui relève de la sphère privée et de ce qui appartient au monde de la ville. L’intérieur et l’extérieur fusionnent, comme si les individus figurés s’appropriaient leur vision de la cité pour l’intégrer à leur histoire personnelle, des micro-narrations, parfois hallucinées, qui invitent à un voyage, tout aussi géographique que mental, et finissent par contaminer la totalité de la surface picturale. Tout ceci, sans la moindre agressivité mais pour « un long trajet où les choses léguées, ces importants contenants culturels, vont lier les souvenirs passés au présent pour calquer les uns sur l’autre. De cette manière les résonances lointaines seront déposées sur des nouveaux territoires, tels des pigments balayés, venant s’insinuer dans notre présent... »

 
 

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  • Du 2020-09-08 00:00 au 2020-10-24 00:00
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