Virgile Debar
Interview Virgile Debar
Virgile Debar est un artiste peintre, à l’imagerie et personnages décalés.Autodidacte, Debar a pour lui un regard frais, un lâcher prise sur les codes de l’histoire de l’art, qu’il se permet de manière spontanée et judicieuse de revisiter et de retranscrire dans un langage contemporain qui lui est propre.
Virgile Debar, que signifie pour vous la peinture et quel rôle joue t- elle dans notre société ?
Aujourd’hui, avec tous les procédés qui permettent de créer rapidement une image, une émotion, pourquoi peindre ? Bien que la peinture soit pour moi un travail fastidieux, c’est aussi une écriture qui aussi conceptuelle, savante et élaborée pourra t’elle être, conservera toujours une part de mystère, voir de magie.
Nous sommes tellement conditionnés par des concepts et des images qui nous manipulent dans un objectif de vente et d’idéologie, que ça fait du bien de simplement ressentir une émotion gratuite.
Heureusement ce n’est pas réservé uniquement à la peinture mais cela touche toutes les pratiques artistiques. Ce que j’apprécie dans la peinture contemporaine et d’ailleurs ce que je réalise la plupart du temps, c’est faire dialoguer avec elle, différents médiums et médias. J’utilise des affiches récupérées dans la rue et les insère dans mes tableaux. Depuis peu, j’ajoute à ma peinture de la couture.
En ce moment, ma peinture se rapproche du graphisme, je prends énormément de plaisir à brouiller les pistes.
READY MAN - 2009 - acrylique et papier collé sur toile - 100x 80 cm
Vos toiles revisitent souvent des œuvres de grands artistes tels que Duchamp ou bien Van Gogh, comment abordez-vous les œuvres de ces artistes et pourquoi les reprendre ?
Pour ce qui est de Marcel, il suffit de rajouter un i entre le h et le a et vous saurez un peu près ce que je pense pour un certain nombre d’artistes qui l’ont suivi, c’est un échec et mat. Ce que j’aime chez Duchamp c’est son détournement, induire en erreur le spectateur par un objet ou par un titre. J’aime aussi son humour.
Ce qui m’intéresse chez Vincent c’est son mythe, avec toutes les histoires fausses ou vraies sur sa vie. C’est aussi une référence quand on se sent seul face au monde de l’art, en plus pour beaucoup d’artistes il n’y pas Théo.
J’ai vu son autoportrait au musée d’Orsay, est-ce le véritable ou une copie ? En tout cas cela m’a impressionné, j’ai compris ce que c’est un incendie de couleur, sans parler de son regard envoûtant.
Ai-je été conditionné par l’histoire de l’art ?
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Interview Susanne Strassmann par Julie Perin
Art people or employees
La farce de l’art, Susanne Strassmann.Grand Palais, Paris 2009 50 x 65 cm
Dans le travail photographique, « art people or employees », vous mettez l’accent en tant qu’artiste sur les codes et les images ambigus que propose le monde de l’art, lors d’exposition, de manifestations mondaines, vernissages …
Quel a été pour vous le point de départ de ce projet intéressant et original, pour mettre en image ce projet, ces interrogations sur le monde l’art ?
Le point de départ était une conversation avec le commissaire d’expositions belge Bart de Baer lors d’une visite d’une exposition de sculptures à Munster en Allemagne en 1997. On cherchait une installation dans un parc et on suivait de loin un groupe de gens. Bart se demandait : Es-ce que ce sont des art people ou des employées ? A cette époque j’étais une passionnée de l’art, mais je ne travaillais pas encore comme artiste : Je consumais l’art pour mon plaisir.
Abordez-vous ce travail comme un témoignage photographique, une mise en avant de ce monde encore méconnu pour certains du monde l’art ?
Pas exactement, mon intérêt est plus tordu que ça. Je ne pense pas que je peux partager ce que je vis en observant, en fréquentant le monde de l’art. Mon regard est celui de quelqu’un qui regarde juste à côté de là ou il faudrait regarder. Mes interprétations sont à contresens de ce que souhaitent donner à voir galeristes ou artistes, et mêmes les collectionneurs aimerait donner une image spécifique de leur personne.
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Interview David Law
David Law photographe, arpente de jour comme de nuit les rues des différentes villes qu’il visite avec comme objectif de nous faire découvrir sa fascination pour la beauté glaciale des mannequins des vitrines.De par son regard David Law nous plonge dans l’idée « de qui regarde qui » et dans un monde entre rêve et réalité.
Si vous deviez en quelques mots nous définir ce que vous inspirent tous ces mannequins figés derrière leur vitrine, que nous confieriez-vous ?
Que nous vivons dans un monde unique et paradoxal, qui nous impose l’explosion et l’exposition de toutes les idées humaines, comme des exemples inexorables qui nous influencent et nous dominent. Que nous sommes conditionnés par tout ce que nous renvoie les médias, les images, la publicité, la télévision, et qu’il est difficile de faire ses propres choix, de construire sa propre identité, dans ce fourmillement qui n’a de cesse de déverser ses concepts. Que je pense que le monde est malade au fond, piégé dans un système de course à la consommation, communication excessive et maladroite, richesse des uns, malheur des autres, inégalités poussives et scabreuses. Je suis facilement polémiste et j’aime me convaincre que je ne suis pas dupe de ce monde là, le crier haut et fort ne serait-ce que pour déranger un tant soit peu les rouages des mécaniques de la machine infernale qui nous tient corps et âme…
Mais je suis à la fois influencé tout comme chacun, par ce système qui depuis nos plus jeunes années nous a imposé les règles et la démarche à suivre. Et dans ce contexte oui, je suis depuis toujours fasciné par le regard de ces mannequins de vitrine, qui au delà du discours polémiste, me renvoie l’image de la femme idéale telle que l’on me l’a imposé dans le conditionnement de ma croissance.
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Je me casse, acrylique sur toile 100F, 2010.
Rencontre avec Eric Allain par Julie Perin
Eric Allain est un peintre de matière, aux gestes précis.Son travail revisite pour la plupart du temps les objets du passé, les objets à histoire, les objets désuets.
Il leur redonne un deuxième souffle, une deuxième existence.
Eric Allain, construit, bâtit, retape.
Il déstructure l’image, casse les formes, les lignes, entrechoque les couleurs et bouleverse les perspectives.
Depuis quelques mois, son regard se pose aussi sur l’Autre, sur ces gens croisés, aperçus, entrevus au gré de ses déplacements.
Il les garde, là dans un coin de sa tête, à l’esprit, pas loin, juste à côté et vient à un moment donné les percuter dans la toile, leur offrir un autre espace, une autre histoire.
A la fois brutale, épaisse, frontale, sa peinture hurle et résonne.
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Rencontre avec les artistes Vincent Goutal et Olivia Leriche.
« Transitions » est une série photographique dont la naissance, l’arborescence et la réalisation pourraient nous apparaître comme parfaitement contrôlées. Mais au sein de ce monde clos à la lisière de la réalité, reflet d’une société prisonnière des archétypes du capitalisme, apparaît en creux une échappée laissant la part belle à la rêverie.
En 2009, Vincent et Olivia décident d’élaborer un travail sur la thématique de la modernité et de l’absence.
« Transitions » nait de l’imaginaire et du regard littéraire qu’Olivia porte sur la modernité. Chaque photo est d’abord scénarisée par elle puis le décor, les accessoires et les personnages sont choisis avec beaucoup de précautions et de minuties. Vincent, issu du documentaire social, photographie les scènes en y apportant un éclairage, un point de vue à la lisière de l’onirisme qui font son originalité.
Tels deux cleptomanes de moments de vies, Vincent et Olivia puisent dans l’imagerie de notre société essentiellement véhiculée par les médias, les éléments de l’objet décoratif, au choix du lieu et du sujet pour mettre en place une réalité galvaudée et factice.
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Interview Fred Calmets par Julie Perin
Ce qui frappe et force au regard dans votre travail, est la manière dont vous placez le sujet et en particulier le personnage, l’Autre dans vos toiles.Cadrage serré, corps morcelés, « quartagés », grossissement de certains détails ….Nous plongeons tels « des voyeurs » dans l’intimité de cet Autre qui se dévoile et scrutons tels des photographes en mode Macro les teintes et textures de vos toiles.
Calmets Purple Technique mixte 130 cm x 97 cm 2009
Votre univers pictural est très Féminin comment l’expliquez-vous, y aurait-il une forme de fétichisme ou une sacralisation de la féminité, car on y retrouve, la pomme (fruit défendu) mais aussi différents accessoires de mode tels des talons aiguilles ... ?
Je peins les femmes, car elles me touchent, me fascinent …
C’est un des sujets (avec la mort depuis quelques temps) qui m’intriguent le plus, c’est tellement vaste que je n’aurai pas assez d’une vie pour faire le tour…
Oui, Il y a une forme de sacralisation de la Femme, un questionnement constant sur ces personnes qui peuplent mon quotidien. Chaque image est travaillée et interprétée un peu comme un fantasme incarné, une transposition d’un idéal (social et /ou personnel), un début d’aventure – un peu à la manière d’un œil regardant par le trou d’une serrure (mais équipé d’un zoom).
Je reste un homme, avec son vécu, son histoire et ses rencontres, aussi bien marqué par des découvertes de catalogues érotiques ou pornographiques dans la sphère familiale que par l’explosion d’images plus soft (ou plus hardcore) sur les blogs et autres réseaux sociaux virtuels. C’est ce vécu qui a influencé ma peinture dans les premiers temps – néanmoins, je cherche aussi à être un témoin de mon époque ; ainsi si certains accessoires de mode sont présents dans mes toiles, c’est que les femmes des images que j’utilise s’étaient mises en scène ou faites photographiées avec ces objets…
Après je ne fais que « zoomer » - choisir un morceau qui m’accroche - un peu comme une première rencontre où en discutant avec l’autre, on la regarde, on la dévore …
Certains garderont en mémoire les yeux, une paire de seins, une attitude douce et légère, un parfum, un talon, une cigarette, un bijou ,un lieu, voire plusieurs de ces attributs…. J’ai décidé de faire de chaque toile une rencontre !
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Rencontre autour d’un verre avec Matthieu Exposito.
Il court, il court, Matthieu Exposito, il court après le temps, véritable artiste de fond, il chronomètre ses moindres faits et gestes.
Né en 1981 dans le Val-d’Oise, Matthieu Exposito a grandi en Lorraine, dans un village proche de Nancy.
« Autour d’un verre dit aussi ADV » me confie t-il, est une série de dessins d’étude de tout ce qu’il déteste, le Mégot et l’Alcool.
De 2000 à 2002, Exposito entre Bac pro et travail en entreprise, décompose son temps de travail en s’imposant tous les 15 jours de manière frénétique de faire un 12H-14H dans un café, autour d’une table de bistrot des dessins de ce qui l’entoure.
Simultanément Matthieu Exposito travaille aussi sur les Légendes Urbaines nommées « LU ».
En 2002, la main se heurte au bord de la table, et tombe.
L’observation se transforme à ce moment où Matthieu Exposito se dit :« Tu viens toucher le bord de la table et après tu fais quoi ?... »
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Interview Marie-Laure Morin par Julie Perin
De la jeune-femme à la femme accessoirisée, customisée et « posturisée », votre travail nous interroge inlassablement sur l’image Féminine dans notre société mais surtout pose la question de l’identité.
1) Vos personnages, ont cette désinvolture et tenue romantique rock ’n roll des magasines de mode et en même temps leurs regards nous racontent autre chose. On pourrait y lire « Je suis une femme oui, et alors … ». Qu’évoque pour vous en tant que femme et artiste, une affirmation comme celle-ci et qu’elle résonance a-t-elle ?
Il y a toujours une ambiguïté lorsqu'on parle d'apparence:
-ce que l'on est vraiment
-l'image que l'on aimerait donner à autrui
-l'image que autrui a de nous
Être une femme, dans notre société, implique d'exister à travers des codes esthétiques induits par notre culture; notre apparence est un des principaux modes de communication.Cependant chacun aspire à exister en tant qu'identité individuelle à part entière. La difficulté réside donc dans la manière de faire coïncider notre identité individuelle avec nos codes esthétiques.
C'est une quête sans fin puisque les codes de notre société sont en perpétuel évolution.
Plutôt que « Je suis une femme oui, et alors... », je dirais donc « J'essaie d'être une femme oui, et alors...».
2) Reflet de la société contemporaine, la femme est à la fois sujet/objet, pensez vous qu’elle se positionne elle-même en tant que tel ? Et vous comment la traitez vous dans vos peintures ?
Je ne pense pas que la femme se positionne volontairement comme sujet/objet, elle subit ce statut. C'est la société contemporaine qui a amené la femme à se définir comme telle, elle n'a donc pas d'autre option que de s'inscrire dans cette culture, sa propre évolution narcissique est conditionnée.
Freud définit le narcissisme (qu'il nomme « narcissisme secondaire ») comme un déplacement de la libido sur un idéal du « moi » imposé de l'extérieur. En sommes, la femme aspire à devenir sujet/image fantasmée (que l'on peut associer à objet).
C'est cette association que j'essaie de mettre en forme à travers mon travail pictural: le sujet en soi (le regard de la femme) et l'image fantasmée (mise en scène de la posture et des accessoires).
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