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ICI ET
AILLEURS… CHANTAL VEY, PHOTOGRAPHE
Qui,
enfant, n’a pas rêvé un jour devant des cartes géographiques, à suivre les
délimitations abstraites de pays inconnus, aux noms exotiques. D’où viennent
ces tracés, ces lignes de démarcations ? Qui en sont les habitants ? Chantal
Vey, dans une partie de son travail photographique, poursuit ces lignes
imaginaires… Par exemple, les bords de la Belgique.
Il apparait
très vite que ces lignes, abstraites, marquent l’inconscient des gens qui
vivent de part et d’autres de ces frontières. Il existe toujours un ailleurs
inaccessible, celui de son voisin de palier, ou encore de la rue d’en face où
sur l’espace de quelques mètres, la langue, les coutumes, les modes de vie
changent.
Chantal Vey
s’intéresse aussi aux no man’s lands, aux lieux sans identifications, où
sommes-nous ? Ici et ailleurs… Parfois une silhouette surgit, de dos, un ou une
inconnue…. Paysages urbains ou campagnards vides, routes qui mènent nulle part.
Des objets laissés pour compte, résidus d’une société où l’on jette, abandonne,
marquent les présences, les abandons.
Une route
qui s’enfonce à l’infini, vers des périphéries sans but… Chantal Vey puise ses
sujets dans les confins de notre visibilité, nous interroge sur notre identité,
sur notre regard.
A la
lisière des corps, des frontières intimes…
Paysages
ouverts sur le vide ou au contraire, bouchés, cachés, dissimulés où le regard
se heurte à des murs à des impossibilités. Personnes de dos, qui, furtives, se
glissent dans des décors anonymes. La photographe les fait disparaitre, les
placent aux lisières d’une rue, d’un chemin, d’un bâtiment.
Dans
certaines séries, des silhouettes de dos, aux corps tronqués viennent obturer
notre vision, se placent, là, juste, où
notre désir d’aller, plus loin, voudrait
se porter. Chantal Vey, joue sur une triple ambiguïté. Nous et nos propres
désirs d’aller plus loin, d’en savoir plus, puis ce qu’explore ou observe cette
personne, que pense-t-elle ? Que toise-t-elle
du bord de sa fenêtre ? Quelle est cette part de paysage que nous
autorise à regarder Chantal Vey ? Notre désir dévie très vite à mettre un
visage sur cette silhouette inconnue, comme ce territoire frontalier. Cet autre
côté des choses ! Ces corps de dos, ne seraient-ils pas notre propre miroir ?
Notre propre intimité mise à nue ?
Cette part
de frontière intérieure, cet au-delà, que jamais nous ne pourrons atteindre ?
Est-ce utile de parler de photographie dans le travail de Chantal Vey ? Certes,
elles sont là, présentes, face à nous ! Chacune d’elles parle de nous, de nos
rêves enfouis, perdus, de nos solitudes quotidiennes. Par-delà, une
dénonciation d’un système économique qui laisse trainer ses déchets, ses
laissés pour compte, ses photographies parlent de nos propres abandons, de nos
illusions perdues, laissées là au bord d’un mur…. Ces objets sont des parts de nous-mêmes,
désarticulés, disloqués… Des parts de nos identités, mais qui semblent n’avoir
plus aucun sens…
Les
frontières sont physiques, les stigmates d’une Europe, il y a encore peu,
divisée, séparée, se lisent encore dans ces no man’s land que nous montre
Chantal Vey. Mais ces frontières sont-elles pourtant vraiment abolies ? Rien
n’est moins sûr. Elles restent ancrées dans notre inconscient. Il ne faut pas
oublier que Chantal Vey vit en Belgique et que les frontières deviennent
insidieuses pour un mètre, pour un lopin de terre….
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