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« La Calligraphie, c'est rendre patent, par la façon dont on traite les signes, que l'on digne de son savoir » H. Michaux
En 1998, j'intègre l'une des deux écoles nationales de Calligraphie, puis s'écoulent trois années à étudier les écritures provenant de manuscrits anciens, du V au XX siècle, les ornementations, les mises en page. Je remplis des milliers de lignes de caractères latins, et découvre la richesse du patrimoine écrit occidental.
La patience et la minutie (notamment dans les enluminures) de mes gestes est appréciée par mes professeurs, qui m'intègrent dans l'équipe pédagogique dès la fin du cursus. Je commence à enseigner la Calligraphie Latine au Lycée Japonais Konan et au sein de bibliothèques en région parisienne, ainsi qu'à l'École Supérieure des Beaux-Arts de Tours.
Puis le besoin se fait sentir de faire résonner la calligraphie historique avec le monde contemporain. Ce qui implique deux directions majeures: recherche de l'origine & intérêt pour toutes les évolutions modernes autour des signes. Il faut remettre en cause:
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- le geste, qui va tendre à devenir malhabile, humain
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- le support, car tout est potentiellement support d'écriture
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- les outils, découvertes sans cesse renouvelées, dans leur fabrication
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- le graphisme, irruption de l'écriture dessinée, du dessin écrit- la composition, asymétries qui apparaissent plus dynamiques, recadrage
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- le contenu, rapport du plein/vide, qu'ai-je à dire ?
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- le style, refus de l'enfermement stylistique par un travail acharné- les couleurs, ou leur absence
Toujours avec une dizaine d'ouvrages en cours de lecture, accompagné par le jazz en permanence, je deviens VINZ.
Fruits du hasard, les collaborations diverses, avec un crew de graffeurs, gens de théâtre, calligraphes arabes et japonais, musiciens, enseignants, artistes, universitaires m'emmènent sur des directions de travail que mon temps n'a pas réussi à épuiser.
Deleuze, Kafka, Michaux, Dostoïevsky, Artaud, Barthes font sauter nombre de verrous...
Les années suivantes, je passe le plus clair de mon temps sur ces recherches graphiques et textuelles, et à l'heure où le monde s'endort, je travaille encore, jusqu'à épuisement. C'est la redécouverte de formes anciennes: vers rhopaliques (en escalier), calligrammes, le monocondyle Byzantin (le texte est écrit d'un trait unique), l'écriture « alla prima », où l'esquisse et le regret, la manoeuvre et la correction sont également impossibles.
Je découvre que ce que je note dans des carnets depuis quelques années s'appelle Poésie, en remportant malgré moi un concours durant le Printemps des Poètes.
Je découvre que ces lignes tracées à l'aveugle s'appellent dessins, en remportant malgré moi un concours en région Centre. Chercher à sortir de la calligraphie par la calligraphie, parce que le trait, libéré de l'image avantageuse que le scripteur voudrait donner de lui-même, n'exprime pas mais simplement fait exister. Je commence alors des pratiques parallèles: l'estampe, le frottage, l'écriture, la peinture, le pochoir, l'imagerie numérique, la typographie, le collage...avec l'humilité de l'éternel débutant.
Une santé fragilisée m'apprend l'importance et l'unicité de chaque seconde: je ne crée que lorsque j'ai quelque chose à dire, loin de la bouillie médiatique et quotidienne.
Et c'est ici que finit/commence mon histoire.
« l'écriture est faite des gestes de l'idée » S. Mallarmé
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