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Ma chère
Julie,
C'est
toujours avec une grande attention que je lis ton bulletin d'information tous
les mois.
Celui-ci me
touche plus profondément puisqu'il traite de ce métier que je fais depuis 5 ans
maintenant. Un métier qu'il me semble falloir inventer ou ré-inventer chaque
jour tant les choses évoluent rapidement même si les fondamentaux ne changent
pas bien évidemment.
Notre
mission est d'accompagner les artistes, en termes de préparation d'exposition,
ce qui englobe le choix des pièces exposées mais aussi un suivi bien plus en
amont, l'estimation de leur prix, le choix des encadrements - socle - mise en
avant de chaque oeuvre, la mise en place de la scénographie, le choix du titre.
Mais aussi effectivement ce travail critique d'écriture qui va du dossier de
presse au texte de salle voire à la mise en oeuvre d'un catalogue d'exposition.
Sachant toutefois que certains artistes ne souhaitent pas que leurs galeristes
prennent trop la parole et préfère que le texte de salle ou que tout autre
texte critique émane soit d'eux-mêmes, soit d'une personne de leurs
connaissances dont ils pensent la maîtrise de l'écrit plus juste que celle de
leur galeriste à l'égard de leur œuvre. A cela s'ajoute, les relations presse,
les relances inhérentes à cet exercice, et enfin les relations visiteurs et aux
collectionneurs, petits et grands... Sans oublier le travail de régie :
transport des pièces, accrochage, lien avec l'assurance, etc.
Un galeriste
doit à un moment de sa carrière savoir tout faire et se révèle à la fois
chauffeur/livreur, homme ou femme à tout faire, peintre en bâtiment,
communiquant, secrétaire, marchand ... Et je dois en oublier certainement.
Cela fait
beaucoup de compétences pour une seule personne et sans vouloir défendre
l'indéfendable il est normal qu'à certains moments il y ait des ratés !
Pour ma
part, j'aime travailler avec la même équipe d'artistes et suivre leur création
au fil de son évolution et presque au jour le jour. Sans me mêler de création
mais en posant des questions par exemple. C'est la raison pour laquelle, les
mêmes noms peuvent revenir sans cesse dans la programmation de la galerie bien
que peu à peu le catalogue d'artistes s’enrichit. Au-delà de ce suivi de la
création, l'idée est de pousser les artistes à franchir des caps, à faire selon
leurs attentes et desideratas des demandes de bourses de création, de
résidences, ou autre, et les aider si il le faut à monter les dossier, à créer
leur dossier de présentation. Leur transférer la lettre d'information
d'Alternatif Art (...) tous les jours en les incitant à s'y abonner mais aussi
à consulter régulièrement les sites du Cipac, Cnap, Fraap, etc. Ce suivi m'est
indispensable car je ne supporterai pas de ne faire que le mur d'exposition,
même si parfois - souvent les artistes n'attendent que ça. La relation humaine
avec l'artiste m'est trop importante pour ne pouvoir faire que la cimaise, bien
que je m'adapte, ou que je tente de m'adapter, au fonctionnement de chacun au
moment où nous travaillons ensemble sur l'exposition à venir.
L'artiste -
chef d'entreprise peut d'ailleurs me mettre très mal à l'aise.
Je pense à
certains artistes que j'ai pu croiser, que d'autres galeristes ont pu croiser
également, et à ce que nous nous disons entre nous ensuite : il n'a pas besoin
de moi et ne saura pas s'adapter à ma manière de travailler tant son entreprise
est rodée, mais aussi parce qu'il n'a pas forcément besoin d'autres chose que
son système extrêmement bien huilé. Je parle ici d'artistes qui exposent
régulièrement au sein des institutions, que sont les centres d'art ou Frac ou
avec des associations spécialisées dans la production, mais qui n'ont aucune
visibilité sur le marché de l'art et paradoxalement un public assez restreint
au final. (Et là je parle d'expérience)
Mais ce
n'est pas de cet artiste - chef d'entreprise que tu parles mais de celui qui ne
fais pas le chef d'entreprise par goût mais par nécessité au vu des carences de
son interlocuteur, qui peut être un galeriste mais aussi un centre d'art ou un
Frac ou ... Celui-ci va être lui aussi mal à l'aise dans cette position qu'on
le force à adopter. Il va devoir effectuer effectivement un travail qu'il n'a
pas à faire, à savoir la communication autour de son exposition et la régie
découlant d'une préparation d'une exposition. Et cela est effectivement un
problème. Sans solution, car alors il n'a pas le bon interlocuteur tout
simplement. Une solution, sans doute : changez de galeriste ! Mais ce dernier a
certainement d'autres qualités comme un excellent réseau de collectionneurs, un
bel emplacement, une belle équipe d'artistes, un soutien de curateurs en vue,
etc.
Pour
autant, et tu as raison un galeriste n'est rien sans les artistes et doit
obligatoirement prendre en compte les attentes de ce dernier. Et s'y adapter.
Ou expliquer pourquoi il travaille différemment. Tout comme il choisit ce qu'il
estime être de l'excellence en matière de création lorsqu'il choisit de
travailler avec tel ou tel artiste, il doit choisir l'excellence de ses
services qu'il met au service de l'artiste qu'il expose et ce dans la limite
des ses moyens...
Bref ... Tu
as raison.
Je te
souhaite de passer un très bel été.
A très
bientôt,
Lydie
MARCHI
SAFFIR, galerie nomade
En résidence au sein de LA RUCHE
18 boulevard Leccia 13003 Marseille
http://saffirgalerienomade.com/
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