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Interview
Laurent Quénéhen directeur des Salaisons Romainville
Laurent
Quénéhen est un curieux personnage, photographe de formation, il fait le choix
en 2007 de quitter de la scène créatrice pour
fonder et ouvrir un lieu d’art dédié à la diversité créatrice et
artistique. Les Salaisons est un lieu atypique de par sa configuration
architecturale (anciens frigos) et de sa situation géographique Romainville
(banlieue parisienne).
Je pourrai
à juste titre aux yeux de la scène parisienne fredonner pour ce lieu « Je
ne suis pas parisienne quelle peine, quelle peine … » mais au vu du
personnage, Laurent Quenehen revendique par une programmation forte, un réel
soutien aux artistes quelques soient leurs disciplines ainsi qu’une démarche
toujours plus active et expérimentale… et ce, envers et contre tout.
Laurent Quénéhen pourriez vous nous
dire comment êtes vous venu à faire ce choix d’arrêter votre propre création
afin d’ouvrir un lieu dédié à la recherche artistique et aux expositions ?
J’ai
commencé à organiser des expositions en 94, dans différents lieux de passages :
des commerces, des facs, des cafés, des hôtels.
Je suis
venu à la création par la suite, j’ai commencé par le commissariat, puis j’y
suis retourné, mais j’ai toujours organisé des expositions, des projets tout au
long de mon parcours d’artiste individuel. Je ne fais pas de différence entre
les deux, c’est toujours des histoires d’agencement, de son travail ou de celui
des autres, l’important c’est que ça parle, que ça raconte quelque chose de
poétique et de politique.
Pourquoi Romainville ?
J’ai vécu
toute mon enfance à Romainville et j’ai vu ma première expo à 24 ans par hasard
à Paris, avant je ne savais pas que l’art existait. C’est criminel de ne pas
permettre aux jeunes d’une commune d’avoir accès à la culture, à l’art. Ce sont
des choix politiques, ils ouvrent des stades de foot dans chaque ville et
refusent de créer ou de soutenir des espaces culturels. La culture ne doit pas
dépasser le stade des pieds. Voilà pourquoi c’est à Romainville et dans une
salaison, celle de mes grands-parents.
Comment se gère un tel espace ?
Le lieu se
gère avec les moyens du bord, très peu d’argent, 400 euros par expo en général.
Le planning des expositions se fait en décembre puis des variations
interviennent.
Je
travaille seul, mais des amis artistes m’aident pour le site, l’accrochage, la
com. Il y a 7 ou 8 projets dans l’année, l’absence de chauffage ne me permet
pas d’ouvrir en hiver.
Quels moyens sont mis en œuvre pour
faire vivre un lieu comme celui-ci ?
Cela prend
beaucoup de temps et d’énergie et ça ne rapporte rien financièrement, mais ce
n’est pas très important, c’est tout à fait agréable de ne pas être payé, de ne
pas être acheté, ça laisse une grande liberté. C’est idem pour les artistes qui
exposent aux Salaisons, il y fait froid, il n’y a pas de matériel, ce n’est pas
à Paris, cela nécessite un engagement, une volonté de faire. Tout fonctionne
avec le système D, à la russe, enfin comme au temps où les russes
fonctionnaient ainsi.
Comment choisissez-vous les artistes
avec qui vous travaillez ?
Aux
Salaisons, ce sont les artistes qui font les expositions, qui participent au
communiqué, au choix du fly, à l’accrochage évidemment. Parfois ils font des
résidences d’un mois ou plus pour préparer leur projet. Je choisis les artistes
en fonction de leur engagement par rapport à leur travail, à la force de leurs
univers, à la puissance poétique de la personne et du projet et à sa volonté de
le faire partager. Il n’y a pas d’artiste de foires aux Salaisons, ce sont des
artistes bouleversés.
Les Salaisons fêtent leur 5 ans
d’existence en septembre 2012, quel bilan en faites vous et quels sont vos
ambitions et projets à venir ?
Le lieu est
provisoire, mais comme l’amour, parfois cela dure. C’est du DDD, le dur désir
de durer. Le bilan est positif, il y a eu de superbes expos avec un public
passionné et nombreux, des articles, des rencontres très touchantes. Il faut
bien penser qu’au départ, l’idée est un peu folle : ouvrir sans aucun
financement ni budget ni salaire, seulement avec le secours du chômage, un
espace d’art contemporain dans une usine de charcuterie à Romainville, c’était
perdu d’avance. Et puis les choses se sont faites, sans argent, sans
spéculation et sans soutien des pouvoirs publics. Un autre monde et d’autres
manières de faire et de vivre sont en préparation. L’avenir dure longtemps, on
verra bien, l’important est de ne pas s’installer, fuir la sécurité des
projets. Maintenant que le lieu fonctionne, l’argent arrive parfois un petit
peu, des subventions pour certaines expos.
Un projet à
venir, mettre le feu au Grand Palais, repeindre le ciel de Paris en rouge
carmin, rouge cramoisi.
Infos :
http://www.salaisons.org/
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